Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

Publications

Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

Ana Carvalho, photographe plurielle
© Ana Carvalho
© Ana Carvalho © Ana Carvalho
Arts

Ana Carvalho, photographe plurielle

Née à Porto, au Portugal, Ana Carvalho habite aux Pays-Bas depuis plus de dix ans. Son travail artistique pluridisciplinaire, situé au point de rencontre de la photographie, du graphisme et de la littérature, tangue entre abstraction et figuration. Jusqu’au 4 juillet, son exposition «Femme plurielle» est présentée à la Maison du Portugal à Paris.

Ana Carvalho a d’abord mené une carrière de traductrice avant de devenir photographe-graphiste. Elle a fait de la traduction littéraire à Berlin, Lisbonne et Nimègue avant de s’établir à Bruxelles où elle a traduit pour l’Union européenne. Depuis 2009, l’année où elle a déménagé aux Pays-Bas, c’est la photographie qui la passionne, surtout en combinaison avec la composition graphique. Aujourd'hui, elle s’y consacre à plein temps, tout en maintenant une relation avec le monde de la littérature qui forme une dimension importante de son travail artistique. Certaines de ses expositions en témoignent, ainsi que ses nombreuses réalisations photographiques et graphiques pour Zuca-Magazine, revue de littérature lusophone éditée aux Pays-Bas.

En une quinzaine d’années, Ana Carvalho a présenté plus de trente expositions de photos et d’œuvres graphiques, essentiellement à Lisbonne, Porto, Amsterdam et Bruxelles, ses villes de cœur. Mais d’autres horizons s’ouvrent également. Récemment a eu lieu une exposition de ses photos consacrées à l’architecture, «De magie van de architectuur» (La magie de l’architecture) à la Casa Casla à Almere, la ville où elle habite. Une autre, «Femme plurielle», organisée dans le cadre de la coopération franco-portugaise et gravitant autour de l’image de la femme, est en cour.

En parcourant les éléments de sa biographie, je me suis dit qu’Ana Carvalho est parfaitement à l’image des femmes qu’elle qualifie de «plurielles» et qu’elle nous présente dans le cadre de sa dernière exposition à la Maison du Portugal à Paris.

Dès ses débuts, elle impressionne par son don pour détecter et capter avec sa caméra des détails ignorés, voir méprisés des villes, et qu’elle magnifie ensuite par un subtil travail numérique. En une quinzaine d’années, elle a ainsi dérobé à nos villes des milliers de fragments, jusque-là invisibles, pour nous les restituer en images poignantes et belles.

En ouvrant son site web aujourd’hui, on est ainsi confronté à un véritable caléidoscope, un monde éclaté, marqué par des couleurs vives, des lignes intrigantes et des ombres mystérieuses. Des portes, des fenêtres, des angles d’immeuble semblent vouloir raconter des histoires, tandis qu’une affiche déchirée sur un vieux mur ou un trou dans une plaque de métal rouillée se transforment en œuvres abstraites et mystérieuses. Les éléments en soi nous sont connus, mais Ana Carvalho les transforme, les approche sous un autre angle, faisant ressortir un autre accent. Elle nous attire vers un nouvel univers qui nous ouvre les yeux sur l’ancien.

Juste avant le début de la crise du Covid, en janvier 2020, Ana Carvalho a eu une première exposition à Paris, à l’endroit même où se tient actuellement «Femme plurielle». Il s’agissait d’une série de photos poétiques en dialogue avec des citations extraites des livres de Fernando Pessoa. Les formes, structures et couleurs de Carvalho prolongent à merveille l’univers mélancolique et douloureux du grand écrivain portugais. Bien que les œuvres concernées représentent des détails du réel, notamment les traces laissées par les humains, on pourrait les qualifier d’abstraites, l’aspect réel étant le plus souvent rendu méconnaissable.

À l’occasion de l’exposition «De magie van de architectuur» qui s’est récemment tenue à Almere, la photographe a expliqué que la richesse architecturale de la «ville nouvelle» d’Almere –où elle habite – l’a rendue sensible à la géométrie. C’est cela qui l’a amenée à l’abstraction et à rechercher l’essence des structures dans son travail artistique.

Si la ville, avec son architecture, son street art et ses coins perdus –c’est-à-dire tout ce qui relève de l’artificiel–, constitue le véritable fil rouge de l’œuvre d’Ana Carvalho, on remarque que les paysages naturels et les humains y trouvent également une place. La photographe s’éloigne alors des détails, agrandit les plans. L’abstraction fait plus fréquemment place au figuratif, faisant apparaitre des personnes en parfaite harmonie avec l’environnement matériel. Ces personnes portent chacune une histoire singulière et se révèlent actrices de leur vie.

Grâce à son observation attentive et constante du monde, Ana Carvalho nous présente aujourd’hui une sélection d’œuvres soulignant la présence déterminante et multiple des femmes dans le monde. Dans «Femme plurielle», des photos de femmes anonymes mais bien réelles sont exposées à côté de photos de représentations de femmes créées par des artistes du street art. Pour la photographe, ces représentations qui ornent les murs de nos villes en disent long sur la vie des femmes. Poignantes, stéréotypées ou non, elles attirent l’attention sur les aspects inconfortables de la réalité féminine. Et elles complètent ainsi à merveille les images des femmes se promenant dans la ville.

Même si la dimension socioculturelle est plus explicitement présente dans «Femme plurielle» que dans ses travaux antérieurs, les œuvres de Carvalho appellent toujours une lecture esthétique des lignes, formes, lumières et couleurs et continuent ainsi à nous interroger.

L’exposition photographique «Femme plurielle» d’Ana Carvalho se tient jusqu’au 4 juillet à la Maison du Portugal de la Cité universitaire à Paris.
On peut aussi consulter une partie du travail de l’artiste sur son site web.
S’inscrire

S’enregistrer ou s’inscrire pour lire ou acheter un article.

Désolé

Vous visitez ce site web via un profil public.
Cela vous permet de lire tous les articles, mais pas d’acheter des produits.

Important à savoir


Lorsque vous achetez un abonnement, vous donnez la permission de vous réabonner automatiquement. Vous pouvez y mettre fin à tout moment en contactant philippe.vanwalleghem@onserfdeel.be.