Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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Anvers est une fête: le MoMu rouvre ses portes
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Anvers est une fête: le MoMu rouvre ses portes

Après trois ans de travaux de rénovation et d’agrandissement, le musée de la Mode d’Anvers (MoMu) rouvre enfin ses portes. Un événement important pour la ville, réputée dans le monde de la mode. Pour cette occasion, Kaat Debo, la directrice et curatrice en chef, a concocté «Mode 2.021 Anvers-Mode/ Engagée», un programme ambitieux à découvrir aussi bien à l’intérieur du musée qu’à l’extérieur à travers un parcours urbain réjouissant et des activités ludiques.

Depuis plus de trois décennies, Anvers peut se targuer d’occuper une place majeure dans le monde de la haute couture. Parmi les étudiants de son académie des Beaux-Arts, on ne compte pas moins de trente-huit nationalités. Pour comprendre le succès d’Anvers en matière de mode, un petit retour dans le passé s’impose.

«The Antwerp Six»

Nous sommes en 1986 lorsque les personnalités majeures de la mode –telles que le couturier français Jean-Paul Gaultier ou la légendaire Anna Wintour, rédactrice en chef du magazine Vogue–, jusque-là résolument tournées vers les défilés parisiens et milanais, découvrent stupéfaits les créations atypiques de six jeunes stylistes anversois au cours du British Designer Show à Londres. Leur arrivée en groupe et «la difficulté à prononcer leurs noms néerlandais», confie Kaat Debo, les font passer –à tort!– pour un collectif à la «griffe» homogène, alors que leurs univers sont fort différents les uns des autres.

C’est ainsi que Walter Van Beirendonck, Dirk Bikkembergs, Marina Yee, Dirk Van Saene, Ann Demeulemeester et Dries Van Noten se retrouvent dans la foulée labélisés par les médias «Les Six D’Anvers». La mode internationale est conquise par ces jeunes stylistes-ovnis en provenance de Belgique, «un pays dont on n’attendait rien en matière de mode», se souvient Ann Demeulemeester. Ils deviennent des couturiers renommés et seront suivis par les jeunes générations tout aussi convoitées.

De la mode belge, internationale et engagée

Rien de surprenant, donc, que la cité portuaire, devenue depuis lors un véritable vivier de talents, fonde en 2002 son musée de la Mode, le MoMU. En 2018, celui-ci ferme ses portes pour trois ans, afin d’entreprendre des travaux d’envergure. Tel un phénix renaissant de ses cendres, le musée a rouvert le 4 septembre 2021. Le résultat est impressionnant: avec ses 800 m2 de surface supplémentaire, l’espace se dote d’un café branché, d’un auditorium et d’une boutique. Parmi les autres nouveautés de taille, une nouvelle salle d’exposition permanente au rez-de-chaussée qui pourra se renouveler plusieurs fois par an grâce à une collection forte de 35 000 pièces.

On y découvre ainsi l’histoire de la mode d’avant-garde belge et internationale, avec comme but de déconstruire le mythe d’une mode cent pour cent belge. Pour Elisa De Wyngaert, curatrice et historienne de l’art, «ce n’est pas le lieu de naissance du styliste qui compte, mais sa sensibilité et sa vision artistiques. Les qualités que présentent ici nos créations ont entre autres en commun le surréalisme, le goût de l’artisanat, la connaissance de l’histoire de l’art et l’appétence pour le travail collaboratif». À travers un parcours thématique (la cape noire, l’évolution de la chemise blanche, le chintz, la robe et l’habit à la française du XVIIIe siècle, etc.), on admire ainsi les pièces de Dries Van Noten, de Yuima Nakazato, d’Helmut Lang, d’Ann Demeulemeester et de bien d’autres.

Au premier étage, la nouvelle exposition temporaire, «E/Motion. Mode en transition» met en lumière l’impact des changements sociaux sur la mode. Pour Kaat Debo, «la mode a plus que toute autre discipline le pouvoir de magnifier les émotions à l’état brut. Elle cristallise les aspirations au changement, mais peut aussi mettre en lumière des vérités dérangeantes». Entre les vertigineuses créations des plus grands (Martin Margiela, John Galliano, Versace), visiteurs et visiteuses se retrouvent confronté·e.s à la violence de thèmes forts et nécessaires (la mort, la drogue, les virus, le terrorisme, etc.). «Au-delà d’être juste un simple musée, nous souhaitons provoquer des discussions sur l’actualité depuis les années 90», précise la directrice.

Se tourner vers l’extérieur

L’un des changements les plus frappants du nouveau MoMu reste l’entrée. Auparavant sombre et étriquée, elle se dévoile à présent spacieuse et baignée de lumière. Cet aspect urbanistique va de pair avec l’une des motivations majeures de Kaat Debo: «Rendre le lieu plus accueillant et accessible à un plus grand nombre de personnes, qui n’auraient peut-être pas osé entrer avant.» Afin de casser encore plus le côté élitiste de la mode, la directrice porte son projet hors des murs du musée car, insiste-t-elle «la mode touche tout le monde», avant d’ajouter qu’«il est essentiel d’optimiser la visibilité du musée dans la ville».

C’est ainsi que, depuis début septembre, les rues d’Anvers ont pris un air de fête. Suspendues dans les airs, les affiches du MoMu volent au gré du vent; des installations telles que les Fashion Balls, d’énormes ballons colorés, donnent l’illusion aux promeneurs et promeneuses qui s’y installent de porter une jupe géante; la Vierge Marie de la cathédrale Notre-Dame, se pare pour l’occasion d’une nouvelle robe volumineuse en soie couleur émeraude, une création contemporaine somptueuse signée Edouard Vermeulen. À plusieurs endroits de la ville, on peut chiner dans des marchés des créations de jeunes stylistes ou bien participer à des ateliers pour adultes (offrir une seconde vie à ses vieux jeans selon la méthode du upcycling), pour enfants (réaliser des cols en dentelle de papier ou de textile) et enfin pour les familles (décorer un T-shirt en papier, se transformant en enveloppe pour l’envoyer par la poste). Une découverte très intéressante de la mode sous une forme festive qui pourra aussi bien attirer le chaland que les fashionistas.

MoMu (ModeMuseum), Anvers
Fashion Balls, jusqu’au 29 novembre 2021
E/Motion. Mode en transition, jusqu’au 23 janvier 2022
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