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Arthur Van Hecke: «Je crois être né peintre»
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Arthur Van Hecke: «Je crois être né peintre»

Ouvrier textile à Roubaix, combattant de la France libre à Dunkerque, membre du Groupe de Roubaix: la vie du peintre Arthur Van Hecke a épousé les évolutions de la région du Nord de la France pendant une grande partie du XXe siècle.

Une enfance roubaisienne et brugeoise

Arthur Van Hecke est né à Roubaix le 24 mars 1924 et est mort à Hondschoote le 25 janvier 2003. Issu d’un quartier pauvre de Roubaix, il n’a pas échappé au destin des enfants de familles modestes et dès l’âge de 13 ans, il est envoyé en usine en tant qu’ouvrier (1). C’est en ces mots, rapportés par le galeriste Raphaël Mischkind, que Van Hecke décrit son enfance pauvre: «Je suis né à Roubaix, cour Van Welden, rue Daubenton. Pour tout horizon j’avais devant le nez un mur de briques de dix mètres, une pompe, et un WC collectif se trouvait au bout de la cour.»

Van Hecke passe une partie de son enfance à Bruges, souvent auprès de son oncle livreur à domicile dans une brasserie. Les images de Bruges qui défilent alors qu’il est juché sur le chariot de son oncle tiré par des chevaux marqueront son esthétique à jamais.

La rencontre-clé avec Jean Masurel et Roger Dutilleul

S’il commence à peindre de façon sérieuse dès l’âge de 12 ans, ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale – à laquelle il participe comme engagé volontaire au sein de la France libre – que Van Hecke se consacrera exclusivement à la peinture. Un jour de 1948, alors qu’il a 24 ans, Arthur est recruté par l’industriel textile roubaisien Jean Masurel (1908-1991) pour réparer sa serre à Mouvaux. Entre deux, il peint dans le parc de 40 hectares où il fait la rencontre de l’oncle de Jean Masurel, Roger Dutilleul (1872-1956).

Dutilleul est mécène, collectionneur et il est aussi le découvreur de Bernard Buffet, l’ami et collectionneur de Joan Miró, Jean-Baptiste Camille Corot, Picasso, Amadeo Modigliani, Georges Braque. «La rencontre avec Roger Dutilleul est la plus importante de ma vie. Il m’a fait comprendre en peinture des choses que je ne faisais que pressentir confusément», dira Arthur Van Hecke (2).

Jean Masurel et Roger Dutilleul prennent Arthur Van Hecke sous leur aile. Sur les conseils de Dutilleul, Masurel permet à Arthur de se consacrer exclusivement à la peinture: il lui ouvre un compte, lui trouve un atelier, fait vivre sa famille. Arthur Van Hecke sera exposé avec les grand artistes de son époque: le peintre, sculpteur, graveur, fauviste, cubiste Georges Braque (1882-1963), le Russe André Lanskoy (1902-1976), qui devient un ami proche, le peintre cubiste et sculpteur Fernand Léger (1881-1955) et Pablo Picasso (1881-1973).

Le Groupe de Roubaix et le Groupe de Gravelines

Dans l’après-guerre, Roubaix devient un centre culturel hors du commun: artistes, galeristes et mécènes s’y rencontrent. Plusieurs artistes forment alors un groupe informel, connu sous le nom de Groupe de Roubaix. Van Hecke sera l’un des protagonistes les plus importants de ce groupe qui est actif dès 1946. Bien que d’autres artistes aient gravité autour de lui, le Groupe de Roubaix a rassemblé principalement 10 artistes: le peintre et sculpteur Robert Conte (né en 1925), le peintre et poète Michel Delporte (1927-2001), le sculpteur Eugène Dodeigne (1923-2016), le peintre Jacky Dodin (1929-1990), le peintre Paul Hémery (1921-2006), le peintre et pianiste de jazz Pierre Hennebelle (1926-2013), le peintre Pierre Leclercq (1928-2002), le peintre Eugène Leroy (1910-2000), le sculpteur Jean Roulland (né en 1931) et Arthur Van Hecke.

En 1957, Arthur Van Hecke s’implante sur le littoral et fonde en 1961 le Groupe de Gravelines avec Jean Bertaux, Jean Castanier et Raymond Picque. Les quatre compères créent un fonds d'estampes en 1975, qui sera à l'origine du musée du Dessin et de l'estampe originale de Gravelines. Le musée est inauguré en 1982 et le Groupe de Gravelines se dissout, la mission étant accomplie. Le musée du Dessin et de l'estampe originale de Gravelines est le seul musée français consacré aux œuvres imprimées. Arthur Van Hecke y vivra plus de 120 expositions, dont plus de 70 personnelles.

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Un portraitiste «flamand dans l’âme»

Pour Bruno Vouters, «qu’il s’agisse de portraits, de paysages ou de natures mortes, Van Hecke est flamand dans l’âme» (3). En 1988, le musée des Beaux-Arts de Dunkerque a consacré une rétrospective à Van Hecke. Aude Cordonnier, conservatrice et responsable de l’exposition, voit aussi dans l’œuvre du peintre roubaisien l’influence de la tradition picturale des Plats Pays: «Cette prépondérance accordée à la lumière et à l’expression de la vérité intérieure des êtres rattache Arthur Van Hecke à la tradition nordique, celle du XVIIe siècle hollandais et flamand, et surtout celle de l’expressionnisme d’Ensor, Permeke et Wouters, mais aussi de Van Gogh et Soutine.»

Il faut dire qu’en tant que peintre autodidacte, Van Hecke s’est formé en s’inspirant du groupe de Laethem-Saint-Martin découvert dans un hebdomadaire belge que recevait son grand-père: «Il y avait toujours une reproduction de toiles d’un des maîtres belges de l’époque et c’est en les regardant que j’ai pris conscience de la peinture. Je les copiais tous: Servaes et son Christ aux pustules, Opsomer et ses portraits officiels mais si bien peints, Tytgat et son humour, Permeke et sa toute-puissance, Paulus, Daeye, Van de Woestyne, toute l’équipe de Laethem-Saint-Martin» (4).

Le groupe de Laethem-Saint-Martin sera pour lui une «merveilleuse école du bien-peindre». Son influence persistera même après que Van Hecke aura découvert la peinture moderne de Picasso, Braque, Matisse et Léger.

L’œuvre d’Arthur Van Hecke est marquée par les coloris de la Flandre, et par ses gris qui se traduisent dans ses marines. Il entretiendra aussi une amitié avec le poète flamand Emmanuel Looten. Ce dernier écrira le poème «Vents de Flandre, Pour mes Amis Van Hecke». Arthur Van Hecke illustrera plusieurs recueils d’Emmanuel Looten.

Lorsque Daniel Georgeot lui demande de se décrire dans le documentaire Lumière intérieure, c’est à l’épithète de portraitiste que recourt immédiatement Van Hecke. Pour lui, «le portrait va au-delà de la peinture, on y retrouve l’humain». Devant la caméra de Georgeot, Van Hecke commente quelques-uns des portraits qu’il a réalisés, dont ceux de la poétesse Arlette Chaumorcel. Il y dévoile l’idée maîtresse qui sous-tend sa pratique artistique: il ne s’agit pas, pour Van Hecke, de simplement représenter son modèle, mais de décortiquer celui-ci pour en saisir le «paysage intérieur».

Van Hecke est aussi reconnu pour sa façon de travailler la lumière. Le galeriste Régis Dorval dira qu’il «architecture la lumière», et la poétesse Arlette Chaumorcel, qu’il est un «receleur de Lumière». «Il aimait la lumière, en premier. Il aimait les paysages. Et il aimait les gens»: voilà la synthèse parfaite qu’en fait sa femme Lucette dans le court documentaire de Virginie Hoffmann.

Van Hecke aujourd’hui

Arthur Van Hecke est entré au Panthéon symbolique de la Flandre française. Comme Emmanuel Looten pour la poésie, il résume en lui les trames de fond du Nord de la France: ouverture d’esprit et dépassement des frontières. Pour le galeriste Régis Dorval, «Arthur restera dans l’histoire, de la région comme de la peinture, en ce qu’il s’inscrit dans son époque, dont en retour il est un marqueur, à la fois par sa personnalité et sa création, qui portent une synthèse de l’expressionnisme flamand façon Permeke, et de la seconde Ecole de Paris et Nicolas de Staël». C’est le sens intemporel de sa création.

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