Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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En route pour Audenarde!
© Café Peloton / Centrum Ronde van Vlaanderen
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En route pour Audenarde!

Lors d’une visite dans la ville flamande d’Audenarde, le journaliste britannique Derek Blyth a découvert un champ de bataille qui a forgé l’histoire européenne, un café dédié à la course cycliste et une tapisserie renfermant un message secret.

Lorsque le train est entré en gare d’Audenarde (Oudenaarde), je m’attendais à un monument, un nom de rue ou au moins quelque chose pour commémorer la bataille d’Audenarde, l’une des quatre grandes batailles de la guerre de Succession d’Espagne, selon le livre que je lisais. Les batailles sont retracées au travers d’une série de tapisseries de la Victoire qui sont exposées au palais de Blenheim, près d’Oxford. Le duc de Marlborough, qui a dirigé les armées alliées à Audenarde, les a commandées à Bruxelles pour les accrocher dans sa salle principale. En sortant de la gare, je me suis dit qu’il fallait absolument ériger un monument à la mémoire de cette bataille.

J’ai failli faire marche arrière. La gare est un bâtiment hideux en béton situé dans un quartier triste. Elle a remplacé une magnifique bâtisse, construite à la fin du XIXe siècle et dotée de tourelles flamandes romantiques, qui était l’une des plus belles gares du pays. L’ancienne gare est toujours debout, mystérieusement, plus près du centre-ville.

Je suis passé devant plusieurs cafés aujourd’hui fermés, tous regroupés autour de l’ancienne gare. Les villes de Gand, Bruges et Bruxelles avaient toutes un site qui leur était consacré, mais pas Audenarde. Était-ce un avertissement? Prenez le train pour Gand, ou pour Bruges, allez où vous voulez, mais n’allez pas à Audenarde, semblaient-ils dire.

Je me suis engagé dans la Stationsstraat en direction d’un imposant clocher. La rue débouche sur un rond-point. Il n’y a rien à écrire, me suis-je dit, jusqu’à ce que je remarque le nom de la place. Sur le panneau, on pouvait lire Tacambaroplein, un nom à consonance exotique. Il y avait un monument aux morts dans un petit parc à l’écart. Voorbijganger Gedenk Maar Wees Niet Haatdragend– «En passant, arrêtez-vous pour vous souvenir, mais n’entretenez pas la haine», disait le message.

Ce n’était pas le seul monument aux morts sur cette place. Il y en avait un petit à la mémoire d’un héros solitaire français, et un bloc de pierre rugueux recouvert d’une plaque de métal commémorait la libération d’Audenarde par les troupes britanniques et la Résistance locale le 5 septembre 1944.

Un monument encore plus impressionnant se dressait au centre de la place. Une femme tenant une couronne de laurier est allongée sur un globe. J’ai immédiatement pensé que ce monument devait être dédié à Marlborough. Que nenni! Un panneau d’information en retraçait l’histoire. On pouvait y lire que cette femme tenant la couronne de laurier avait le regard tourné vers le Mexique.

Le Mexique?

La statue se nomme La Femme en deuil. «Dans sa position solitaire et élevée, elle regarde en direction du Mexique, où les volontaires belges se sont rendus en 1864», indique le panneau avec une touche de mélancolie poétique.

Cette étrange histoire a commencé en 1859, lorsque le jeune aristocrate autrichien Maximilien est invité à devenir empereur du Mexique. Il accepte l’offre avec enthousiasme et lève l’ancre pour le Mexique en 1864. Son épouse belge, Charlotte, fille du roi Léopold Iᵉʳ, fait le voyage avec lui, accompagnée de volontaires belges envoyés pour la protéger.

Les volontaires s’étaient rassemblés à Audenarde et s’étaient entraînés dans les casernes locales avant de partir pour le Mexique. Peu après leur arrivée, une révolte éclate et les jeunes hommes inexpérimentés sont envoyés pour défendre la ville isolée de Tacámbaro. Face à une armée de plus de 3000 guérilleros mexicains, les malheureux trois cents Belges n’ont pas fait le poids. La plupart d’entre eux ont été tués, y compris le fils du ministre belge de la Défense, dans un désastre que l’on pourrait qualifier d’«Alamo belge».

Il semble qu’Audenarde et Tacámbaro se soient désormais rabibochés. En 2015, à l’occasion du 150e anniversaire de la bataille, une délégation d’Audenarde s’est rendue à Tacámbaro pour discuter d’un accord sur le tourisme, l’éducation et la culture. Et une délégation mexicaine a été chaleureusement accueillie à Audenarde. Wees niet haatdragend (N’entretenez pas la haine), me direz-vous.

Je m’apprêtais à repartir quand j’ai remarqué la présence d’un autre monument aux morts dans un petit parc clôturé. Le cinquième, d’après mes calculs. Le monument en grès jaune était orné de deux splendides aigles américains. Il est érigé à la mémoire des soldats américains qui ont participé à une autre bataille d’Audenarde, qui s’est déroulée entre le 30 octobre et le 11 novembre 1918. Elle visait à défendre un pont sur l’Escaut, à proximité du village d’Eine. Plus de 2000 personnes ont perdu la vie en l’espace de deux semaines de combats, et ce, hélas, à quelques jours de l’Armistice.

Je commençais à comprendre l’histoire d’Audenarde. C’était l’histoire d’armées qui, l’une après l’autre, étaient venues marcher dans ses rues et détruire ses bâtiments. La ville regorge de panneaux d’information sur les destructions de 1914-1918. Je commençais à me demander si quelque chose de l’époque avait résisté aux destructions.

L’étroite rue commerçante Nederstraat est un chemin dynamique et captivant vers la Grand-Place, avec d'intéressantes boutiques indépendantes. J’ai repéré un glacier, un chocolatier dans un vieil immeuble d’angle et une librairie appelée Beatrijs (presque tout est en néerlandais, à l’exception d’une minuscule sélection de romans anglais et français).

C’était jour de marché sur la place Markt. L’espace ouvert grouillait de camionnettes vendant du poisson de Nieuport, du fromage de Passendale et des biscuits de Diskmuide. On pouvait aussi acheter des chaussettes, des sous-vêtements et des manteaux roses matelassés bon marché en provenance de Chine.

Il avait commencé à pleuvoir et je cherchais un café. Un habitant d’Audenarde m’en avait conseillé plusieurs, m’expliquant que «le Carillon est l’endroit où vont les gens du coin, alors que les cyclistes se retrouvent plutôt au Peloton et les jeunes, à la terrasse de l’Adriaan Brouwer».

Le style du Carillon m’a plu. Il occupe deux petites maisons à pignons construites contre les murs de l’église. Les cloches du carillon ont commencé à jouer une mélodie folklorique lorsque je me suis glissé à l’intérieur. Il était 11 heures et les clients avaient déjà bien entamé leur première bière forte de la journée. J’ai étudié la carte, qui proposait des bières locales comme la Ename Blonde et la Adriaan Brouwer Bruin, ainsi qu’une petite bière appelée Klootzakske (Trou du cul), décrite comme «une bière blonde avec du retour».

J’ai commandé un café. Il était à peine 11 heures du matin! Je ne suis pas un klootzakske. Sans une seule goutte d’alcool dans le sang, j’ai examiné l’intérieur du bâtiment, qui était malheureusement plus récent que ce qu’il y paraissait. Il a été construit en 1921, après que l’armée allemande a mis la ville à sac pendant la Première Guerre mondiale. Le style associe les colombages démodés à des touches modernes d’art déco. Edgar Fobert, un artiste local, a orné l’intérieur de scènes nostalgiques d’une Audenarde d’avant-guerre.

Le marché en était à sa fin lorsque j’ai quitté le café, et je pouvais enfin admirer l’hôtel de ville flamboyant, bâti dans le style gothique brabançon. Le bâtiment ressemble à la Broodhuis (Maison du Roi) sur la Grand-Place de Bruxelles, et c’est normal: les deux bâtiments ont été construits par le même architecte, Hendrik van Pede. Il s’est d’abord chargé de Bruxelles, puis Audenarde lui a demandé de bâtir un édifice similaire.

Victor Hugo, en parlant de l’hôtel de ville, a d’ailleurs affirmé: «Chaque détail de ce bâtiment fantastique mérite d’être admiré». J’ai suivi son conseil. J’ai observé la maçonnerie gothique détaillée, les statues étranges et l’arcade voûtée où les écoliers s’abritent de la pluie.

Au-dessus du bâtiment, on retrouve la silhouette du XVIe siècle du garde de la ville, Hanske De Krijger (Hanske le Guerrier), les yeux rivés sur la ville. Selon une légende locale, Hanske se serait endormi à son poste après avoir bu trop de bière audenardaise. Quel Klootzakske! Il n’aurait pas pu choisir un pire moment: l’empereur Charles Quint attendait devant les grilles closes de la ville. Vous pourriez penser que s’en était fini du pauvre Hanske. Heureusement, il s’avéra que l’empereur avait le sens de l’humour. En guise de petite réprimande, il exigea que la ville ajoute une paire de lunettes à son blason.

Cette légende explique le logo que j’avais vu sur le site de l’Office de tourisme. Au début, je pensais qu’il s’agissait de deux cerises. Ou peut-être d’un vélo. Maintenant, au moins, je sais ce que c’est. En 2021, la ville a dévoilé son nouveau logo: une paire de lunettes.

Charles Quint avait peut-être décidé d’être clément grâce à un évènement qui s’est produit quelques années plus tôt. En 1521, il séjournait à Tournai pendant que son armée assiégeait la ville. Les représentants de la ville d’Audenarde avaient organisé un somptueux festin en son honneur. C’est d’ailleurs là que le jeune Charles a entamé une brève aventure avec Jeanne Van Der Gheynst, une magnifique Tournaisienne, ce qui a entraîné la naissance de leur fille Marguerite.

L’Empereur l’a reconnu comme étant sa fille et a payé pour son éducation. Marguerite a épousé un membre de la famille Médicis, Octave Farnèse, duc de Parme. En 1559, Philippe II d’Espagne a nommé Marguerite (désormais appelée Marguerite de Parme) gouvernante et régente des Pays-Bas.

Il était temps de visiter le musée MOU. Il se trouve à l’intérieur du somptueux hôtel de ville, dans la sobre Halle aux draps. L’intérieur gothique a été restauré avec soin et rend ce musée exceptionnel. Le plus marquant, c'est l’unique collection de tapisseries audenardaises, magistralement exposées dans la gigantesque Halle aux draps. Beaucoup sont des «Verdures» ornées de scènes détaillées en forêt. Ces œuvres, tissées dans du coton, se sont effacées au fil du temps, mais il est toujours possible de profiter des scènes représentant les Guerres de Troie, la chasse, ou les mariages dans la nature.

Les talentueux tisserands d’Audenarde ajoutaient des détails déroutants, voire amusants, dans leurs tapisseries. Vous pourrez y voir une créature mythique, une sirène ou encore un message érotique. Les tisserands signaient souvent leur travail avec leur symbole personnel, puis ajoutaient l’ancien logo d’Audenarde dans la marge. Si vous regardez attentivement, vous verrez une paire de lunettes.

Dans une des anciennes salles du rez-de-chaussée, le musée diffuse un film dédié à Adriaen Brouwer, un artiste né à Audenarde en 1605. Malgré son nom, Brouwer (Brasseur) n’avait rien à voir avec la bière. Son père était tapissier et a déménagé à Gouda après l’effondrement de l’industrie locale. Adriaen a commencé à travailler en tant qu’artiste à Amsterdam, puis à Harlem avant de s’installer définitivement à Anvers. Même s’il n’a passé que les premières années de sa vie à Audenarde, une statue a été placée derrière l’hôtel de ville en son honneur. Il y est représenté avec une palette d’artiste dans une main et une bière dans l’autre.

Le musée MOU possède d’autres pièces dédiées à une collection impressionnante d’argenterie. Dans l’une d’entre elles, une longue table semble prête à accueillir un dîner, ornée d’élégants couverts en argent, de soupières et de chandeliers datant du XVIIIe siècle. Parmi ces trésors étincelants, mon préféré était un étrange gobelet en argent orné d’un moulin à vent et qui était utilisé pour les jeux d’alcool de l’aristocratie.

En errant dans les anciennes salles de l’hôtel de ville, vous croiserez des reliques de l’histoire de la ville: une cheminée pleine de boulets de canon en fer, une salle de réunion dans un style gothique nommée en l’honneur de Marguerite de Parme, et un grenier où de l’argenterie précieuse est exposée. Cependant, étonnamment, il n’y a rien sur l’histoire d’Audenarde. J’aurais espéré y trouver quelque chose sur la bataille de 1708, mais le seul vestige est une peinture de la bataille, accrochée dans un coin sombre, sans aucune explication. Il s’agit d’une œuvre d’Alexander van Bredael, un artiste audenardais qui a également conçu des tapisseries.

On pourrait notamment se pencher sur l’histoire derrière la fontaine ornementale qui se trouve sur la place, devant l’hôtel de ville. Elle date de 1676, lorsque les troupes de Louis XIV occupaient la ville. Les Français ont apporté un certain nombre d’améliorations à Audenarde, dont cette superbe fontaine ornée de quatre dauphins. Ils ont également apporté l’eau potable à Audenarde, par une canalisation qui partait d’une source à deux kilomètres du mont Edelareberg.

Les Français ont occupé Audenarde à trois reprises. Ils amélioraient les fortifications durant les périodes d’occupation et détruisaient les remparts lorsqu’ils assiégeaient la ville. Durant l’une des périodes d’accalmie, Louis XIV commanda un modèle réduit de la ville. Ce dernier est actuellement exposé au musée des Beaux-Arts de Lille, et l’on peut y voir tous les détails des maisons en briques aux toits de tuiles rouges et aux arrière-jardins. On peut également y entrevoir le château médiéval en périphérie, dont les murs ont été en partie détruits par l’artillerie française.

Puis arriva John Churchill, Duc de Marlborough. Après avoir livré de nombreuses batailles partout en Europe, il avait les yeux rivés sur la région vallonnée d’Audenarde. Selon lui, «Aucun autre endroit en Europe ne se prête mieux à la conduite de la guerre». Il faisait les louanges des prairies, des collines et des petits villages. Idyllique, n’est-ce pas? C’était comme s’il planifiait ses futures balades à vélo.

J’ai quitté le musée pour explorer les vieux quartiers. J’ai rapidement rejoint le chemin de promenade qui longe l’Escaut. Le pont hydraulique qui traverse le fleuve venait tout juste de s’élever pour permettre le passage d’une large péniche. Puisque j’avais du temps à tuer, j’ai examiné un panneau cartographiant une nouvelle autoroute cyclable qui longe l’Escaut. Dans une direction, Courtrai (33 km). Dans l’autre direction, Gand (30 km). Et pile au milieu, Audenarde.

Une fois la péniche passée, j’ai traversé le pont. Je me suis retrouvé à Pamele, un village qui jouissait de son indépendance, avant d’être englouti par Audenarde en 1543. Pamele possède une superbe église en pierre au bord de l’Escaut, construite selon le style gothique austère qui s’est développé le long du fleuve. La porte était close, mais un panneau placé à l’extérieur de l’église racontait une histoire captivante. Marguerite, la fille illégitime de Charles Quint, y fut baptisée. Un siècle plus tard, l’église servit d’entrepôt aux Français. Et en 1918, elle fut gravement endommagée, tandis que les troupes s’affrontaient pour le contrôle du pont.

De ce côté de l’Escaut, quelques jolis anciens bâtiments ont échappé aux destructions. C’est notamment le cas d’un magnifique bâtiment rouge de la renaissance qui était jadis l’abbaye de Maagdendale. Il abrite aujourd’hui une école d’art qui organise des expositions d’art avant-gardiste, ainsi que les archives de la ville et un stand de tir.

En marchant dans la direction opposée, je suis arrivé devant un bâtiment en briques où Liefmans brasse ses bières à la cerise. Tout a commencé en 1750, quand Jacobus Liefmans entreprit de brasser sur les rives de l’Escaut. Toutefois, ce n’est qu’après la nomination de Rosa Merckx comme maître-brasseur que la marque prit son envol. On lui doit le goût subtil de la bière ainsi que son élégant emballage en papier de soie.

De retour de l’autre côté du fleuve, j’ai erré pour tenter de trouver un moyen d’entrer au Begijnhof (béguinage). Je suis finalement arrivé devant une guérite rouge qui donnait sur un complexe entouré de murs composés de jolies maisons blanches bordant un jardin formel. Comme tous les béguinages, cet endroit discret et à proximité du fleuve ressemblait à un petit village au sein d’un village, un sanctuaire médiéval calme où vivaient des femmes célibataires indépendantes.

J’ai exploré d’autres quartiers où l’architecture mélangeait différents styles et différentes périodes. Même la collégiale Sainte-Walburge recensait différents styles. Je pensais au départ que la guerre était à blâmer pour ces différences. Mais les autorités locales ont elles aussi été responsables de destructions en 1960. Elles ont même détruit un complexe de vieilles habitations à côté de la collégiale pour y construire une autoroute à quatre bandes. Une partie des dégâts a été réparée, mais il reste toujours un immense parking juste devant la collégiale.

Audenarde possède malgré tout des bâtiments exceptionnels, dont un édifice néoclassique déconcertant qui se trouve sur la place. Ce bâtiment, construit dans les années 1780, était à l’origine scindé en deux, avec une boucherie au rez-de-chaussée et une école d’art au premier étage. Il abrite actuellement la bibliothèque publique, ce qui explique le slogan inscrit au-dessus du bâtiment. On peut lire «vLEESHUIS», un jeu de mots qui combine «vleeshuis» (boucherie) et «leeshuis» (bibliothèque).

J’ai également découvert le parc Liedts, qui appartenait à l’origine à un château du XIXe siècle. Le parc, qui arbore un style de jardins anglais, a conservé ses chemins sinueux, ses ponts romantiques et ses étangs pittoresques. Un de ses côtés est entouré par une partie de l’ancien mur de la ville qui a étonnamment survécu à chaque envahisseur.

Ma petite balade à Audenarde s’est achevée au Café Peloton sur la place. Le café est attenant au Centrum De Ronde van Vlaanderen (Centre du Tour des Flandres), un formidable centre d’exposition dédié à la course cycliste du Tour des Flandres. Je n’ai jamais réellement compris les compétitions de cyclisme. Et je ne suis pas le seul. Parmi tous les livres en vente dans la boutique, il y en a un qui est sorti du lot: Hoe wordt je een wielerfan? Comment devenir un passionné de cyclisme?

Pourquoi souhaiter en devenir un? On reste debout sous la pluie, rien ne se passe pendant une heure. Puis quelqu’un crie «Ils arrivent» et avant même qu’on ne s’en rende compte, le peloton est passé. On remet ça l’année prochaine?

Je sais que cela ne se résume pas qu’à ça. Les courses cyclistes flamandes sont un test d’endurance. Les petites collines qui entourent Audenarde sont des défis éprouvants, voire des batailles pour les cyclistes. Il existe plus d’une douzaine de sommets où les foules se rassemblent, notamment le Vieux Quaremont et le Koppenberg. Rien d’impressionnant comparé aux Alpes, mais à vélo, ces pentes sont infernales. Certains chemins pavés sont des monuments protégés. Et même si ce n’était pas le cas, les autorités locales n’oseraient pas les recouvrir d’asphalte.

Je me suis installé au Café Peloton pour m’imprégner de l’atmosphère. À l’intérieur, on retrouve d’anciens vélos de course accrochés aux murs, des éclairages faits à partir de pneus de vélos et des maillots de cyclistes disposés dans des vitrines comme s’il s’agissait de précieuses reliques religieuses. À l’extérieur, la terrasse arrière est composée d’une rangée de petits vélos d’appartement, de quelques jeux autour du cyclisme et d’une aire de jeux avec des petits vélos.

Le centre accueille les cyclistes du monde entier qui ont décidé de passer quelques jours dans les collines sacrées d’Audenarde. Il y a un parking sécurisé pour vélos, des douches et une boutique souvenir. Il est également possible de louer un vélo de course pour une journée avec une assistance dépannage, l’accès aux douches, et une bière incluse. Les cyclistes qui passent la nuit à Audenarde logent souvent à l’hôtel Léopold, un lieu moderne dont le bar et le restaurant sont décorés par de gigantesques photos des légendes du cyclisme.

La grande course a lieu chaque année un dimanche au début du printemps. Le Tour des Flandres, aussi appelé le Vlaanderens Mooiste (la plus belle des Flandres), attire les plus grands cyclistes du monde dans les Ardennes flamandes. Il y a deux ans, les cyclistes sont partis d’Anvers et ont suivi un parcours éprouvant de 250 km qui passait par dix-sept collines escarpées, cinq villages et plusieurs tronçons de routes pavées et cahoteuses. Les coureurs terminent la course à Audenarde, où ils franchissent la ligne d’arrivée tracée à la craie sous la tour de la collégiale Sainte-Walburge.

Bon… Je suis dans la capitale mondiale du cyclisme. Je vais donc devoir monter à vélo. J’ai décidé de planifier un itinéraire qui m’emmènerait au site de la Bataille de 1708. Sur le site spécialisé Belgium, Battlefield of Europe, j’ai trouvé un récit détaillé de la bataille. Le site a été créé par une petite équipe de spécialistes militaires et apporte des informations précises sur la bataille. L’armée française était la plus puissante avec ses 95 000 soldats, alors que l’armée des alliés, composée de troupes de Bretagne, des Pays-Bas, du Danemark et de l’Allemagne, n’en comptait que 80 000.

Je pensais pouvoir me rendre facilement sur le champ de bataille, en descendant l’Escaut à vélo jusqu’au point 89, puis en me dirigeant vers le nord jusqu’au village de l’Éine. De là, je suivrais les troupes de Marlborough, après leur traversée de l’Escaut le matin du 11 juillet.

Je suis descendu le long de l’Escaut, puis j’ai tourné à droite pour rejoindre le village de l’Éine. Je suis lentement monté pour atteindre le village de Mullem. Je suis ensuite passé à travers les champs que les troupes de Marlborough avaient traversés en direction de l’artillerie française, alignée le long de la crête.

Mullem est un joli village où toutes les petites maisons sont de couleur ocre-jaune. On pourrait presque se croire au Danemark. En remontant la colline escarpée à l’arrière du village, je suis passé devant un élégant château composé d’un mystérieux belvédère en briques. Il a peut-être été construit pour observer les étoiles. Personne ne le sait. Une agréable allée bordée d’arbres nous conduit de ce village à une petite cime qui offre une vue imprenable sur les champs vallonnés. C’est là que les deux armées se sont affrontées.

La piste cyclable suit la crête et nous fait passer devant un moulin à vent restauré. La route devient ensuite pavée sur 1,5 km, une portion de route qui constitue un monument protégé. Cela non pas à cause de ce qu’il s’est passé en 1708, mais bien parce que le Tour des Flandres y passe parfois.

Boing. Boing. Boing. J’ai pédalé le long de la route, en tentant de m’imaginer les soldats de Marlborough traverser les champs à ma gauche. Je me suis arrêté pour admirer la vue. Au loin, à travers un paysage vallonné aux airs d’une œuvre de Brueghel, je distinguais la tour de l’église d’Audenarde. J’ai décidé de repartir. Il était temps d’aller boire une bonne bière audenardaise sur la place; peut-être une Adriaen Brouwer. Je pourrais peut-être même me laisser tenter par une Klootzakske.

Site web de Visit Oudenaarde
Cet article a été traduit de l'anglais vers le français par les étudiants de la Faculté de Traduction et d’Interprétation de UMons lors des ateliers de traduction annuels.
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