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Enseignement du néerlandais ou du flamand ?
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Enseignement du néerlandais ou du flamand ?

À propos de l’unité d’une langue et de la diversité de ses pratiques

Dans le nord de la France sévit depuis quelque temps une polémique sur la question de la place du flamand dans l’enseignement. Dorian Cumps, chargé d’une mission d’inspection sur l’enseignement du néerlandais en France, fait preuve de pragmatisme en avançant dans son article qu’il doit être possible, en guise de rapprochement, d’intégrer quelques aspects du flamand dans les cours de néerlandais.
Lorsque l’inspection générale de l’Éducation nationale m’a confié une mission pour suivre l’enseignement du néerlandais il y a trois ans, une des premières questions qui m’ont été posées concernait la réponse adéquate à formuler à une demande de reconnaissance de l’enseignement du flamand, de la part du député dunkerquois Jean-Pierre Decool. Cet élu interpelle assez régulièrement le Ministère à ce propos ; selon le doyen du groupe des langues vivantes à l’Inspection, le point de vue de l’Éducation nationale avait toujours été de donner la priorité à l’enseignement du néerlandais ; toutefois, on avait autorisé l’enseignement du flamand occidental dans quelques écoles élémentaires à titre expérimental, à compter de l’année scolaire 2007-2008. La controverse à propos de l’apprentissage du néerlandais ou du flamand dans l’académie de Lille n’est pas nouvelle. Un examen de l’état de la question traitant de ce sujet au fil des pages de publications de différentes nature et origine, qu’elles soient universitaires, institutionnelles ou destinées à un public plus large, permet de se rendre compte que cette problématique n’a guère évolué. Universitaire de formation littéraire, le regard que je porte sur cette question se différencie de celui d’un linguiste. Je n’ai pas la prétention de débattre de ses aspects linguistiques dans le détail. Après avoir résumé l’état de la question, je me contenterai de faire quelques propositions d’ordre pédagogique afin de tenter de rapprocher des positions jusqu’ici antagonistes : celle de l’Éducation nationale et celle des promoteurs du flamand, en montrant qu’il est possible d’intégrer quelques notions de flamand dans une séquence de cours en néerlandais. De la sorte, j’espère démontrer qu’il est souhaitable d’aborder cette problématique en désamorçant son côté passionnel et en évitant de s’enliser dans le débat stérile et quelque peu surréaliste qui consiste à dissocier voire à opposer néerlandais et flamand.

État de la question et pistes de réflexion À l’occasion d’une visite d’inspection au collège Saint-Winoc à Bergues le 21 mai 2015, j’ai pu assister à un cours de flamand dispensé à des élèves de cinquième par une enseignante bénévole, Marie-Christine Lambrecht, par ailleurs vice-présidente de l’Institut de la langue régionale flamande. La première impression que j’ai eue a été de suivre un cours de néerlandais dans une variante régionale semblable à celle que l’on rencontrerait quelques kilomètres plus au nord, en Flandre-Occidentale belge. Un rapide examen des documents d’accompagnement distribués par l’enseignante aux 11 élèves qui suivaient ce cours facultatif ne laisse apparaître que quelques mots et formes grammaticales divergentes par rapport au néerlandais contemporain. Parmi les phrases de la leçon 3 « Marytje en is nie in’t
winkel », extraite d’une méthode scolaire de flamand publiée par Frédéric Devos, on rencontre par exemple : « de leepels zyn in’t schof » correspondant à « de lepels liggen in de lade »,

évitant de s’enliser dans le débat stérile et quelque peu surréaliste

quoique la variante « schof » pour « schuif » soit aisée à reconnaître. Une double négation telle que « en is nie » dans le titre de la leçon interpelle par sa formule archaïsante mais n’entrave pas plus l’intercompréhension. À l’inverse, des phrases interrogatives comme « is’t koud buuten » ou « zyn de glazen prooper » sont pratiquement semblables aux expressions que l’on utiliserait en néerlandais contemporain. Il en va de même pour le contenu du document préparé par l’enseignante. Une phrase interrogative telle que « wuffer koleur is den appel » diffère de « welke kleur heeft de appel » tout en restant proche et intelligible, tandis que « hoe oud is je vaader » est rigoureusement identique à la même question en néerlandais. Les quelques variantes entendues au cours de la leçon dans des phrases telles que « je lacht dikkers », en néerlandais « je lacht dikwijls », ou « hen kryscht » pour « hij huilt » aboutissent au même constat : si la prononciation et l’orthographe peuvent diverger de manière plus ou moins importante selon les cas rencontrés et le lexique appartenir au « Zuid-Nederlands » dans le cas de « krysen » au lieu de huilen, il s’agit d’évidence de la même langue néerlandaise dans une variante dialectale et nullement d’une autre langue germanique comme l’est par exemple le frison par rapport au néerlandais. Cependant, l’Institut de la langue régionale flamande (Akademie voor Nuuze Vlaemsche Taele) affirme dans sa brochure consacrée à l’enseignement du flamand en Flandre française que « le pire pour le néerlandais et pour le flamand est de les confondre ». À l’opposé de ce point de vue distinctif, on lit l’argumentation de la Nederlandse Taalunie, laquelle estima inopportune l’initiative de 2007 consistant à introduire officiellement l’enseignement du flamand en classe. Dans un article paru dans les annales de 2008 des Pays-Bas Français, publication éditée par la fondation Ons Erfdeel, Ellen Fernhout et Hellmuth van Berlo plaident résolument pour l’enseignement du néerlandais en Flandre française dans la mesure où il s’agit de la langue de communication parlée en Flandre et aux Pays-Bas ; dès lors, l’apprentissage du néerlandais offre selon eux bien plus de perspectives à l’apprenant, en premier lieu dans une optique professionnalisante, que ne le ferait le flamand local. Cette approche pragmatique est partagée par la grande majorité des enseignants et par les décideurs institutionnels orientés vers le marché du travail. À titre d’exemple, on découvre dans différents numéros récents de la revue d’information municipale Dunkerque et vous que des cours de néerlandais sont dispensés à la Maison de l’Europe de la cité portuaire, à l’intention des demandeurs d’emploi qui veulent s’orienter vers le marché transfrontalier, la province belge de Flandre-Occidentale étant présentée dans le numéro de novembre 2014 comme un gisement d’emplois à exploiter (pp. 18-19). Dans le cadre de sa rubrique « L’innovation », le numéro de mai 2015 de ce bulletin présente des ateliers linguistiques d’anglais et de néerlandais pour les plus jeunes, assortis du commentaire « nous devons donner à nos enfants de vraies chances pour l’avenir et la maîtrise de ces deux langues sera décisive ». Le même argument est repris deux pages plus loin à l’intention des jeunes adultes cette fois. L’objectif est manifestement d’insuffler une dynamique nouvelle à la recherche d’un emploi dans la région en favorisant les relations professionnelles avec la Flandre belge. À cette logique d’ouverture et de nécessité en période de crise économique et sociale paraît s’opposer un autre impératif tout aussi louable : préserver un patrimoine linguistique régional dans le cadre de la diversité culturelle. En réaction à l’article des deux responsables de la Taalunie que je viens d’évoquer, l’enseignant Frédéric Devos, auteur du manuel de flamand Schryven en klappen, reprocha à la Taalunie de méconnaître la situation particulière de la Flandre française. Il considère que le néerlandais est une langue étrangère pour les Flamands de France, arguant du fait que la langue de communication dans cette région est en réalité le français. Quant au flamand, c’est la langue vernaculaire trop longtemps dépréciée à la fois par l’État français centralisateur et par les autorités néerlandophones belges et néerlandaises. À première vue, le débat oppose donc les tenants d’une vision fonctionnelle de l’apprentissage de la langue de proximité de deux pays voisins partenaires économiques de première importance pour le Nord Pas-de-Calais d’une part, à ceux qui veulent préserver une identité régionale ou locale en soulignant que le néerlandais, qu’ils considèrent avant tout comme la langue des Pays-Bas actuels, impose une pratique linguistique indifférente à la véritable identité flamande, de l’autre. À la recherche d’arguments, la brochure de l’Institut de la langue régionale flamande cite à ce propos la linguiste néerlandaise Nicoline van der Sijs, qui déclara entre autres que le néerlandais moderne se serait développé à partir d’un assemblage de dialectes hollandais. Cette opinion n’est pas partagée par l’ensemble des spécialistes de la linguistique historique du néerlandais. Il eut été plus nuancé d’affirmer que la langue néerlandaise telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est constituée à la Renaissance en empruntant certes principalement au « Noord-Nederlands » mais également à deux grands groupes de dialectes néerlandophones méridionaux : le flamand et le brabançon. L’histoire de la littérature néerlandaise le montre aussi : c’est en Flandre, en Brabant et au Limbourg que se situent les berceaux de la production des textes littéraires en ancien et moyen néerlandais ; l’apport hollandais, plus tardif, ne se concrétisera de manière dominante qu’après la scission des Pays-Bas anciens pendant la Guerre de Quatre-Vingts ans. Lorsque l’on évoque le fragment littéraire

Le flamand de France présente des caractéristiques syntaxiques et lexicales proches du moyen néerlandais

considéré comme l’un des plus anciens de la langue néerlandaise, les célèbres vers anonymes commençant par « Hebban olla vogala nestas higunnan », c’est précisément d’une forme archaïque de flamand occidental qu’il s’agit. Isolé dans un environnement de langue officielle française depuis l’époque des conquêtes territoriales de Louis XIV au détriment des Pays-Bas espagnols, le flamand de France présente des caractéristiques syntaxiques et lexicales encore proches du moyen néerlandais ; il suscite à juste titre un grand intérêt de la part des chercheurs et justifie assurément que l’on œuvre à la préservation de ce patrimoine linguistique unique. L’éloignement relatif de la norme du néerlandais contemporain ne signifie cependant pas que l’on puisse considérer le flamand de France comme une langue régionale étrangère à la néerlandophonie. Des spécialistes reconnus du flamand de France comme des historiens de la langue néerlandaise considèrent avec beaucoup de pertinence que la complémentarité et la coopération dans le respect réciproque devraient être les maîtres mots des relations entre le flamand de France et le néerlandais. Dans le cadre d’un colloque consacré aux études néerlandaises dans l’espace francophone, organisé à l’université de Lille 3 par Philippe Hiligsmann en 2001, Hugo Ryckeboer, qui consacra sa thèse à divers aspects de la langue néerlandaise dans le nord de la France, revint au cours de son intervention sur la question de l’enseignement du flamand ou du néerlandais telle que l’avait auparavant abordée Jean-Louis Marteel, auteur érudit d’un cours approfondi du flamand de France en deux volumes. Malgré leurs divergences, les deux chercheurs s’accordent à défendre l’idée d’une synergie associant l’enseignement du néerlandais et la préservation du flamand, Marteel souhaitant mettre en valeur le flamand comme tremplin culturel du néerlandais tandis que Ryckeboer insiste sur la complémentarité de l’étude du flamand et du néerlandais. Avant d’examiner de quelles façons une telle synergie pourrait s’intégrer concrètement dans le cursus de l’enseignement secondaire, il est nécessaire d’achever ce tour d’horizon de l’état de la question en mentionnant quelques autres aspects importants de la controverse. L’incompréhension qui subsiste entre défenseurs du flamand et partisans de l’enseignement du néerlandais a des origines diverses, dont les responsables de l’enseignement du néerlandais doivent tenir compte. Parmi les néerlandisants qui se sont le plus durablement intéressés à la problématique du flamand de France figure incontestablement Ryckeboer. Dans l’une de ses études également publiée dans le premier volume des annales De Franse Nederlanden-Les Pays-Bas Français, cet universitaire originaire de Flandre-Occidentale proposait en 1976 d’amener à l’apprentissage du néerlandais par l’intermédiaire de la reconnaissance du dialecte régional. En effet, le rejet du néerlandais par certains Flamands de France peut être attribué à des facteurs sociolinguistiques ; trop longtemps considéré comme inférieur car parlé principalement par les classes sociales les moins favorisées ou les moins cultivées, le flamand de France a souffert d’un déficit de reconnaissance à la fois vis-à-vis du français, langue officielle, langue des notables et par conséquent langue imposée, et du néerlandais, perçu à tort comme une langue étrangère, voire comme la langue d’une autre élite, supranationale cette fois, que l’on voudrait pareillement imposer. Si l’image du flamand a évolué de manière positive grâce à des initiatives patrimoniales telles que la promotion touristique des villages patrimoines en Pays de Flandre, le développement d’une signalétique bilingue ou la restauration et la diffusion de plaques murales en flamand, apposées sur des maisons particulières ou divers édifices publics, le discours identitaire a continué de se focaliser sur les différences entre le flamand et le néerlandais, entre autres parce que, comme on l’a vu, les intérêts des « flamandophiles » sont divergents : leur objectif principal est de sauvegarder et de transmettre pour les générations futures le dialecte régional, préservant de la sorte les traditions locales. Un autre dépliant édité par l’Institut de la langue régionale flamande intitulé « 4 raisons d’apprendre le flamand occidental » évoque également l’utilisation du flamand comme langue de communication à l’aide d’arguments similaires à ceux qui sont mis

La langue de communication dans les entreprises belges est le néerlandais

en avant pour le néerlandais : augmenter ses chances d’obtenir un emploi en Flandre. À cet égard, il est toutefois permis d’émettre des objections : la langue de communication dans les entreprises belges est le néerlandais, même si dans des situations informelles on pourra entendre le dialecte ouest flandrien, lequel est resté bien plus vivant en Flandre belge qu’en France. En effet, comme l’ont constaté Ryckeboer mais également d’autres chercheurs après lui, la pratique du flamand en France demeure essentiellement passive – une étude plus récente de Gérald Stell parle significativement de « bilinguisme passif » pour qualifier la connaissance du dialecte en Flandre française. Il est par conséquent pour le moins exagéré d’affirmer que le flamand pourrait être aujourd’hui une langue de communication en Flandre française. Le déclin du dialecte régional est malheureusement trop avancé pour qu’il soit envisageable de remplacer le néerlandais par le flamand, voire d’œuvrer à la coexistence de deux langues de communication néerlandophones ; la cohabitation du flamand local et du néerlandais officiel est par contre toujours vivante dans les différentes provinces de la Flandre belge où les Flamands, ne l’oublions pas, considèrent le néerlandais comme la langue véhiculaire : en somme, un exemple harmonieux de l’unité d’une langue dans la diversité de ses pratiques. Si l’on veut protéger et sauvegarder le flamand de France, il faut se fixer des objectifs réalistes en termes de pédagogie.

Propositions pour l’enseignement du fait linguistique et culturel flamand dans les cours de néerlandais La nouvelle réforme du collège, les lignes directrices des programmes de l’enseignement secondaire et leur thématique générale offrent de nombreuses opportunités d’intégration d’éléments de la culture linguistique flamande dans l’enseignement du néerlandais, en y associant le résultat d’initiatives régionales qui visent à préserver le patrimoine flamand du Nord. Prenons l’exemple des villages patrimoines. Des dépliants en trois langues permettant d’en découvrir les richesses sont disponibles dans les offices de tourisme locaux. Chaque brochure propose un circuit « découverte » avec des explications en français, en néerlandais ou en flamand de France. Dans le cadre du cycle 4 du collège, qui comprend les classes de la cinquième à la troisième, les nouveaux programmes mettent particulièrement en avant la découverte culturelle en articulation avec les activités langagières. De plus, il est conseillé de ne pas se limiter à la langue enseignée : dans une démarche réflexive « les langues de la maison, de la famille, de l’environnement ou du voisinage régional ont également leur place ». Comme on le sait, le néerlandais devrait désormais n’être enseigné sauf exceptions qu’à partir de la cinquième. En troisième, on pourra envisager d’introduire ponctuellement des notions de flamand régional en s’appuyant sur les enseignements pratiques interdisciplinaires. Des collaborations sont possibles avec le français et l’histoire-géographie en relation avec les notions culturelles des programmes du collège, qui demeurent inchangées. L’entrée culturelle de l’ancien palier 2, « l’ici et l’ailleurs », continue à mettre l’accent sur les échanges dans l’espace et le temps et la découverte de l’autre, notamment au travers des métissages et des migrations. En français, on préconise d’écrire un récit du passé, en histoire-géographie d’élaborer la carte d’un voyage et de ses étapes, suivie d’un journal de bord et de la confection d’une bande dessinée. Pourquoi ne pas prolonger ces activités en néerlandais avec par exemple une séquence consacrée à Guillaume de Rubrouck ? L’idéal serait d’organiser une sortie scolaire au musée qui lui est dédié dans le village éponyme. Si cela n’est pas envisageable, on pourra travailler sur les dépliants du village patrimoine en comparant les petits textes en flamand à leur équivalent en néerlandais. Il s’agit en l’occurrence de courtes notices destinées à accompagner un itinéraire pédestre. Si toutes ne concernent pas l’histoire du moine voyageur du XIIIème siècle, la plupart sont exploitables car elles décrivent des lieux de la vie quotidienne : rues, église, maisons historiques. On pourra assortir cette lecture découverte d’une recherche sur le Wikipédia ouest-flandrien où l’on trouvera une brève présentation en flamand du village. Bien sûr, l’exercice ne pourra aller plus loin que la reconnaissance des particularités du flamand à l’écrit. La tâche finale de la séquence et les moyens langagiers mis en œuvre pour y parvenir tout au long des différentes séances de cours resteront en néerlandais. À ce niveau, l’objectif ne saurait dépasser la prise de conscience d’une réalité linguistique néerlandophone propre à la Flandre française, sauf peut-être dans certains collèges des bassins d’Hazebrouck et de Dunkerque où l’on pourra laisser s’exprimer celles et ceux qui ont conservé une connaissance pratique du flamand. En fonction des compétences en néerlandais des élèves, mais également de la continuité et de la progression de leurs apprentissages, on tentera de diversifier la rencontre avec le flamand dans le cadre des cours de néerlandais au lycée, dès la seconde. À nouveau, la thématique des programmes s’y prête parfaitement. Il s’agit cette fois de l’art du vivre ensemble, de la mémoire patrimoniale et du sentiment d’appartenance à une identité. Allons à la Maison de la bataille de la Peene à Noordpeene. Nous voilà au cœur même de la rupture historique entre la France et les Pays-Bas anciens. Après des explications en français autour de la pittoresque maquette représentant la bataille, on y découvrira un reportage vidéo en néerlandais, accessible aux lycéens si l’on s’est donné la peine de préparer la visite en classe. Là encore, la lecture des dépliants en flamand et en néerlandais peut aider, de même que les éclaircissements du professeur d’histoire ou du responsable du musée sur le déroulement des combats et leur contexte. Enfin, on trouvera au musée nombre de documents en flamand, dont un audioguide. Au plan de l’histoire régionale, il est loisible d’appliquer cette méthode à d’autres lieux et d’autres époques : mentionnons Volckerinckhove où la Seconde Guerre mondiale est présente avec un site de lancement de V1 et Esquelbecq où eut lieu le massacre de la Plaine au Bois en 1940. À des endroits aussi tragiques on peut bien entendu préférer des musées à l’atmosphère plus sereine, alliant l’histoire de l’art aux traditions locales, tels que ceux de Cassel, Bailleul, Hazebrouck ou Bergues, sources inépuisables d’exploitations pédagogiques, y compris au cours de néerlandais. Mais revenons en classe et au cycle terminal. Il y est question d’espaces et d’échanges. Une forme plus exigeante de transfert linguistique consisterait à apprendre à transcrire en néerlandais des textes brefs en flamand. L’enseignant pourrait assortir cet exercice d’une explication sur l’évolution de la langue vers le néerlandais actuel. Certains des textes du livret bilingue Stylen en menschen van Vlaenderen/Métiers et Gens de Flandre (ANVT, 2011), précisément rédigés par Marie-Christine Lambrecht, se prêtent bien à ce type d’exercice. L’ouvrage richement illustré de santons à la flamande procure une dimension esthétique et ludique à la découverte du flamand ; les textes mettent en valeur l’aspect savoureux du dialecte. Il en va de même et d’une façon plus simple avec les fameuses plaques flamandes dont on peut imaginer des variantes personnelles ou s’amuser à transcrire l’inscription en néerlandais. Une autre dimension non négligeable de la reconnaissance du flamand consiste à essayer de le comprendre à l’oral. Si cet exercice prendra nécessairement plus de temps, on pourra néanmoins s’accoutumer à la prononciation et aux particularismes du dialecte en écoutant quelques plages du CD Het Vlaams dan men oudders klappen (ANVT, 2007) qui accompagne les cours de Jean-Louis Marteel. Dans ce cas, l’initiation peut revêtir un caractère pratique : il pourra être utile aux élèves qui travailleront en Flandre belge de se familiariser avec des consonances dialectales. On poursuivra à l’aide d’un document audio en
provenance de Flandre-Occidentale cette fois.

Conclusion

Lorsque l’on demande à nos collégiens et lycéens pourquoi ils ont choisi le néerlandais, ils apportent en général trois types de réponses : ils apprennent la langue pour des raisons familiales, parce qu’ils espèrent trouver un travail saisonnier ou un emploi en Belgique et parce qu’ils sont sensibilisés à la culture des Pays-Bas dans un sens large. Faut-il encourager l’enseignement du flamand ? Si localement le dialecte peut être un tremplin vers l’apprentissage du néerlandais, il serait préférable que le néerlandais soit reconnu comme langue d’intérêt régional en France. La question de l’utilité qu’il y a à apprendre un dialecte en parallèle avec la langue standard a déjà été suffisamment traitée ; elle dépasse assurément le cadre du flamand et du néerlandais. On sait qu’il n’est pas sans risques pour l’apprenant d’assimiler des structures dialectales au détriment d’un usage correct de la langue véhiculaire – je renverrai ici à l’étude de Gérald Stell. En incluant des formes de reconnaissance du flamand de

France au sein de séquences d’apprentissage du néerlandais, on peut contribuer à préserver un patrimoine linguistique régional en une démarche intégrative préférable au repli dans l’isolement identitaire. En dehors du contexte local, l’apprentissage et la pratique active du flamand pourront être conseillés aux étudiants les plus avancés et aux adultes qui connaîtraient le néerlandais. Pour conclure, je citerai l’auteur du précieux Dictionnaire du flamand de France Cyriel Moeyaert : « Het algemene Nederlands zal (...) in Frans-Vlaanderen hopelijk wel in vruchtbare grond ontkiemen en het kan de maatschappelijke situatie van het dialect versterken » (espérons qu’en Flandre française, le néerlandais officiel se développera dans une terre fertile ce qui pourra consolider la position sociale de la langue régionale).

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