Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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Le fonds «Feuilles volantes»: de l’importance des imprimés éphémères
collection Ephemera, bibliothèque UGent
collection Ephemera, bibliothèque UGent collection Ephemera, bibliothèque UGent
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Le fonds «Feuilles volantes»: de l’importance des imprimés éphémères

Les bibliothèques universitaires regorgent de trésors souvent inconnus des visiteurs: des collections singulières ou rarement mises à la disposition du public. Sylvia Van Peteghem était bibliothécaire en chef de la Boekentoren (Tour des livres) à Gand, et elle a été la première femme à se trouver à la tête d'une bibliothèque universitaire en Belgique. Dans cette première livraison, elle décrit la collection d'imprimés éphémères, promis à une brève existence, mais qui ont été préservés.

Ferdinand Vander Haeghen avait 39 ans lorsqu'il devint bibliothécaire en chef de la bibliothèque universitaire de Gand en 1869. Autodidacte énergique, érudit, ambitieux et visionnaire, il n'était pas titulaire d'un diplôme universitaire, mais disposait d'un vaste et solide réseau d'artistes et de spécialistes du livre. Jeune homme marié à une riche héritière, fasciné par la ville où il habitait, il avait collectionné et décrit dans la Bibliographie Gantoise (1858-1869) toutes les éditions gantoises locales du XVe au XIXe siècles. Ce travail lui tint lieu d'examen d'entrée pour remplir sa nouvelle fonction.

À la tête de la bibliothèque, il continua à cultiver cette passion pour Gand et collectionna des pièces exceptionnelles dont certaines dépassaient les frontières de la ville. Unique et original était son appel visant à conserver ce que nous appelons aujourd'hui des efemera, des imprimés éphémères, c'est-à-dire des imprimés promis seulement à une brève existence: un dépliant, un ticket, une boîte d'allumettes.

«Ne détruisez jamais un document, imprimé ou écrit, quelque insignifiant qu’il soit. Après 7 ans, il vous intéressera. Après une nouvelle période de 7 ans, vous le jugerez tout à fait utile à conserver. 20 ans plus tard, il rendra service, il aura acquis de la valeur. En moins d’un siècle il deviendra précieux.»

Plus d'un siècle après, le Fonds «Vliegende Bladen» (une traduction quelque peu erronée du français «Feuilles volantes») comporte environ 1 million de pièces. Au coin inférieur de droite de presque chaque document qui lui passait entre les mains, Vander Haeghen a noté, d'une écriture minuscule à l'encre noire, un mot-clé en français. Il concevait la liste des mots-clés en prenant sa ville comme point central. Un ticket de caisse de la boulangerie gantoise Bloch était rangé sous «Boulangers», celui d'un boulanger d'Alost sous «Alost» et en deuxième lieu seulement sous «Boulangers». C'est souvent évident, mais parfois, il faut se déplacer mentalement au XIXe siècle pour trouver le mot témoin approprié. Les «Floralies», on ne les trouvera pas sous «Floralies» ou sous «Horticulture» mais sous «Casino», parce que c'est dans cet espace-là que furent organisées les premières expositions de fleurs.

Imprimés destinés à être jetés

Cette collection ne néglige vraiment aucun sujet. Seule la collection John Johnson conservée à la Bodleian Library à Oxford, qui s'est constituée entre 1923 et 1956, peut lui être comparée. Tout comme Vander Haeghen, Johnson était le fils d'un imprimeur/éditeur. Il travaillait rétroactivement en prenant la Grande-Bretagne comme point central. Vander Haeghen a collectionné de manière rétroactive, mais aussi des pièces contemporaines, conservant de la sorte une magnifique image du tournant du XIXe au XXe siècle. À l'époque, on croyait qu'il était possible d'acquérir une connaissance totale des choses, notamment en les collectant, les conservant et les classant.

Il est fascinant de voir comment cela s'est déroulé dans la collection gantoise. Attardons-nous sur quelques documents. Le plus ancien connu jusqu'à présent est une pièce datant de 1313, une partie de modestes archives d'un hôpital médiéval de Diest. Grâce au cercle de ses relations nobiliaires, Vander Haeghen entra en possession d'archives familiales remontant parfois jusqu’aux XVIe et XVIIe siècles: des contrats de mariage, des testaments, des inventaires de biens. Une mère de Basta, au XVIe siècle, note tous les ans une nouvelle naissance dans un petit cahier du type Moleskine à la couverture en parchemin, souvent suivie de la date de décès de l'enfant. Peu de mots mais un contenu émouvant lorsqu'elle écrit: «encore une fille est née». Un secrétaire au XVIIIe siècle note les dépenses d'une jeune dame dans un internat: des vêtements et des leçons de danse.

Des dessins n'ayant trouvé une place nulle part ailleurs: une disposition d'un buffet et de tables, un projet de jardin. Des médaillons avec des animaux fabuleux découpés maladroitement dans un parchemin qui semblent provenir d'une école gantoise-brugeoise et s'ajustent parfaitement à des trous dans un manuscrit médiéval conservé ailleurs. Les archives des architectes Louis Minard et Louis Roelandt. Les archives des salons artistiques de la Société des Beaux-Arts. Des cartes de visite de prostitué·es. Des catalogues de meubles, de vêtements, de lingerie, de chaussures, d'autos, d'appareils de cuisine, de pralines, de médicaments, de papiers peints, de fleurs, de plantes, d'arbres.

Le genre d'imprimés que l'on jette sauf si on s'appelle Vander Haeghen. Et heureusement, car parmi les catalogues de bulbes à fleurs se trouve celui du père de l'écrivain Frederik van Eeden, et ailleurs on tombe sur une lettre du poète néerlandais Nicolas Beets, sur le compte rendu de l'entrée du roi Guillaume à la loge bruxelloise, sur le contrat d'une artiste de cirque qui devait elle-même pourvoir au remplacement de ses bas quand une maille était tirée. On y découvre tout et n'importe quoi jusqu’au plus insolite. Si tout cela pouvait un jour être mis en ligne… Google Ephemera. Qui sait. Un jour...

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