Publications
L’apprentissage des langues étrangères en immersion en Belgique francophone : la panacée ?
langue

L’apprentissage des langues étrangères en immersion en Belgique francophone : la panacée ?

Une équipe de recherche conjointe UCLouvain - UNamur a étudié l’impact de l’apprentissage des langues sur le fonctionnement cognitif, linguistique et socio-affectif des apprenants du néerlandais et de l’anglais en Belgique francophone, tant dans l’enseignement traditionnel qu’en immersion, et ce, afin de dégager les conditions qui favorisent l’apprentissage des langues en général et en immersion en particulier.

C’est en 1998 que la Communauté française de Belgique a légiféré en matière d’enseignement «en immersion» des langues modernes. Les écoles qui obtiennent les autorisations du ministère peuvent en effet organiser des cours de matières non-linguistiques (par exemple histoire, géographie, sciences, mathématiques) dans une langue autre que le français, en l’occurrence, le néerlandais, l’anglais ou l’allemand. L’organisation pratique est laissée à l’appréciation de la direction des écoles. Ainsi, l’immersion peut débuter en troisième année de l’enseignement maternel, en première ou troisième année de l’enseignement primaire (immersion précoce) ou en première ou troisième année du secondaire («immersion tardive»).

Quant au nombre d’heures de cours en langue étrangère, il peut aller de 8 à 21 en primaire et de 8 à 13 en secondaire. Hormis les cours de religion / morale et de philosophie et citoyenneté, toutes les matières peuvent être assurées dans une seule des trois langues germaniques. Depuis sa mise en place, ce type d’enseignement connaît un succès sans cesse croissant. Il y a actuellement plus de 300 écoles (primaires et secondaires) qui organisent ce type d’enseignement, le nombre d’élèves total s’élevant à plus de 30 000, ce qui correspond à un peu moins de 4% de la population scolaire totale de Belgique francophone. Une majorité de ces écoles ont fait le choix du néerlandais comme langue d’immersion (autour de 70% en primaire et 55% en secondaire). Au niveau du nombre global d’élèves en immersion, quelque deux tiers sont inscrits en néerlandais.

Compte tenu de ce succès sans cesse croissant, une équipe de recherche conjointe UCLouvain - UNamur a étudié l’impact de l’apprentissage des langues sur le fonctionnement cognitif, linguistique et socio-affectif des apprenants du néerlandais et de l’anglais, tant dans l’enseignement traditionnel qu’en immersion, et ce, afin de dégager les conditions qui favorisent l’apprentissage des langues en général et en immersion en particulier.

Ce projet de recherche multidisciplinaire a été réalisé en partenariat étroit avec 22 écoles primaires et secondaires de Wallonie. Au total, plus de 900 élèves ont été suivis durant deux années scolaires (du début de la cinquième à la fin de la sixième primaire / secondaire). Les données récoltées sont composées de questionnaires, de tests standardisés, de tâches de production linguistique, de focus-groupes, ainsi que des observations en classe.

Bien que les écoles francophones belges ne puissent définir des conditions d’accès, ni des critères de sélection pour inscrire les élèves en immersion, il apparaît clairement que, comparé au public de l’enseignement traditionnel, l’immersion attire un public privilégié au niveau socio-économique et culturel. Ceci est particulièrement le cas pour le néerlandais.

En ce qui concerne la maîtrise de la langue étrangère étudiée, il s’avère que les élèves de cinquième secondaire en immersion ont acquis un vocabulaire réceptif significativement supérieur à celui des élèves inscrits dans l’enseignement traditionnel. On retrouve cette différence significative dans les rédactions produites en langue étrangère par les élèves en immersion. Ces tâches écrites sont d’un point de vue linguistique plus complexes (plus grand nombre de phrases/texte, phrases plus longues, plus grande diversité lexicale) que celles produites par les élèves du traditionnel. Dans les deux cas, les différences sont plus prononcées pour le néerlandais que pour l’anglais. Au niveau de la phraséologie (combinaisons de mots, telles que op reis gaan (aller en vacances), een examen afleggen (passer un examen), met betrekking tot (en ce qui concerne) et aux intensifieurs (doodmoe - épuisé, piepklein - très petit), on constate un vocabulaire phraséologique plus large (en termes de fréquence) et plus varié (en termes de diversité) en immersion que dans l’enseignement traditionnel. En outre, le nombre d’erreurs phraséologiques est nettement moindre en immersion que dans le traditionnel.

Plusieurs facteurs présents en immersion favorisent l’apprentissage des langues.

Souvent, les parents qui souhaitent inscrire leur enfant en immersion se posent - à juste titre - la question du niveau de la langue française des élèves en fin de parcours immersif. Tous les résultats de la recherche (vocabulaire réceptif, lecture à voix haute, orthographe, productions écrites) indiquent qu’à la fin du parcours scolaire (tant en primaire qu’en secondaire), l’immersion n’a pas d’impact négatif sur la maitrise de la langue française. Les résultats aux tests certificatifs organisés en fin de primaire (Certificat d’études de base) et en fin de secondaire (Certificat d’études secondaires supérieures), tests qui se font uniquement en français, montrent que les élèves en immersion obtiennent des résultats identiques, voire meilleurs que les élèves de l’enseignement traditionnel.

Plusieurs facteurs favorables

Quant aux aspects socio-affectifs étudiés, les élèves de l’enseignement en immersion et de l’enseignement traditionnel perçoivent l’anglais - cela n’étonnera personne - comme une langue plus attrayante et plus facile que le néerlandais. À l’exception notoire des élèves du secondaire traditionnel qui suivent le néerlandais, tous les élèves sont motivés à apprendre la langue étrangère. L’immersion ne contrecarre donc que partiellement les idées négatives relatives au néerlandais.

De cette recherche, il apparaît clairement que plusieurs facteurs présents en immersion favorisent l’apprentissage des langues et que les gains obtenus ne sont pas nécessairement dus à l’immersion. Des contacts accrus avec les locuteurs natifs en développant davantage les collaborations entre les deux communautés du pays, un apport en langue étrangère plus important, un personnel enseignant enthousiaste, voilà autant de facteurs favorables à l’apprentissage des langues, que l’on suive ou pas l’immersion!

L’équipe de recherche était composée de Ph. Hiligsmann (UCLouvain - porte-parole), A. Bulon (UCLouvain - doctorante), A. De Smet (UCLouvain / UNamur -doctorante), B. Galand (UCLouvain), I. Hendrikx (UCLouvain - doctorante), L. Mettewie (UNamur), F. Meunier (UCLouvain), M. Simonis (UCLouvain - doctorante), A. Szmalec (UCLouvain), Kr. Van Goethem (UCLouvain), L. Van Mensel (UNamur -post-doctorant).

S’inscrire

S’enregistrer ou s’inscrire pour lire ou acheter un article.

Important à savoir


Lorsque vous achetez un abonnement, vous autorisez un paiement automatique. Vous pouvez y mettre fin à tout moment en contactant philippe.vanwalleghem@onserfdeel.be