Miroir de la culture en Flandre et aux Pays-Bas

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Les friteries belges, ces lieux réconfortants
© Dan Johnston / Pixabay
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Les friteries belges, ces lieux réconfortants

Il est tard, vous venez de rater votre train. Le prochain n’arrive que dans 57 minutes, et il pleut. Avec un peu de chance, vous trouverez une friterie, aussi appelée friture ou frietkot en Flandre, sur la place devant la gare. Les lumières chaudes et fluorescentes qui l’éclairent semblent tout droit sorties d’un tableau d’Edward Hopper. Quel coup de bol, vous dites-vous, parce qu’il n’y a rien d’autre aux alentours.

Vous vous abritez sous l’auvent aux côtés de quelques couche-tard du coin, et vous commandez une portion de frites avec de la mayonnaise et peut-être une bière. Quelqu’un commencera probablement à vous parler du mauvais temps ou du retard du train pour Saint-Nicolas. Dans un pays profondément clivé comme la Belgique, l’humble friterie est l’un des seuls lieux qui rapprochent les gens. Elle constitue un élément essentiel de la culture nationale, au même titre que la famille royale ou la bière trappiste.

On retrouve ces baraques toutes simples sur les places des villes, devant les gares ou le long de ces routes nationales monotones qui traversent le pays. Elles sont tenues par une seule personne ou par un couple. Chacune a son propre style, mais rien de trop chic, bien entendu. Certaines sont construites en bois, d’autres en aluminium. D’autres encore ressemblent à un chalet ou sont simplement de vieilles caravanes garées en bordure de route. Qu’ont-elles en commun? Généralement, elles comportent un comptoir, un auvent pour se protéger de la pluie et quelques chaises de jardin en plastique dispersées à l’extérieur.

Leur nom reste tout aussi modeste, comme Chez Willy, ou Frituur Suzanna. À l’instar des stands de currywurst à Berlin ou des vendeurs de hot-dogs à Stockholm, les friteries répondent à un besoin essentiel, celui de nourriture réconfortante. On n’y mange pas tous les jours, mais c’est parfois exactement ce qu’il nous faut. On ne trouve nulle part ailleurs cette combinaison unique de chaleur, de compagnie et de nourriture réconfortante.

Un soir d’hiver à Anvers, sous une pluie froide venant de la mer du Nord, aucun lieu n’est plus accueillant que la Frituur Nº 1, sur la place de l’hôtel de ville. Mais l’avenir des friteries est en péril. Elles ont peu à peu disparu des vieilles routes nationales depuis que la plupart des automobilistes empruntent les autoroutes plus rapides. Certaines villes voudraient voir disparaître de leur paysage ces vieilles baraques à la cheminée brinquebalante qui répandent des odeurs de graisse brûlée, mais elles se heurtent toujours à l’opposition des habitants. Il y a quelques années, quand ma commune a réaménagé la place Flagey, elle a voulu se débarrasser de la vieille baraque à frites qui s’y trouvait depuis toujours. La friterie gâchait soi-disant le paysage et laissait des taches de graisse sur le nouveau pavage. Mais les habitants ont protesté et Frit Flagey a pu être sauvée.

Actuellement, la Ville de Bruxelles envisage de remplacer les vieilles baraques à frites du centre-ville par des friteries au design moderne uniforme. Chacune coûterait la somme exorbitante de 400 000 euros. Personnellement, je trouve qu’une friterie ne devrait pas coûter aussi cher qu’une maison. Après tout, il s’agit simplement d’un endroit où s’abriter de la pluie et où se plaindre du gouvernement.

Cet article a été traduit dans le cadre du cours de traduction donné par la professeure Brunehilde Ammann à UGent. Les étudiant·es suivant·es ont participé à cette traduction: José Andreu Martin, Nadia Biota Gonzalez, Chloé Bockstael, Louise Bui, Carmen Cano Santos, Nicolas Cariven, Rachel Decottignies, Ana Rojo Sanchez, Mathieu Veys.
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