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L'heure de vérité (le mois de la philosophie)
© musée Rodin, Paris.
© musée Rodin, Paris. © musée Rodin, Paris.
Carnets d'un étonné
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L'heure de vérité (le mois de la philosophie)

Juin est le mois de la philosophie en Flandre et aux Pays-Bas. Comme s’il fallait attendre ce mois pour se mettre à penser. Le thème est «L’heure de vérité».

Il y a bien longtemps, j’ai aussi étudié la philosophie, mais j’ai hélas rencontré trop tôt sur mon chemin Friedrich Nietzsche: premier héros de l’adolescent que j’étais alors. Et, à la même époque, j’ai lu chez l’écrivain français Sainte-Beuve: «Soyons philosophe, ayons de la philosophie et même une philosophie, mais ne faisons pas de la philosophie.»

La philosophie, à partir de ce moment, devenait un jeu langagier, un jeu de haut vol cependant, qui ne cessait de me tenir en éveil et auquel que je m’adonnais volontiers.

Et je continue d’admirer des philosophes tels que Spinoza et Wittgenstein. Ce dernier pour son refus du compromis, et Spinoza pour cette profession de foi qui, à elle seule, renferme le programme de toute une vie: Sedulo curavi humanas actiones non ridere, non lugere neque detestari sed intelligere. En ce qui concerne les actions humaines, je me suis soigneusement efforcé de ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas même détester, mais de comprendre.

Revenons à notre mois, qui prête notamment attention à «L’heure de vérité». Qu’en est-il donc de cette vérité? Elle subit actuellement les coups de boutoir de fausses informations, théories du complot et «faits alternatifs»; notre époque serait celle de la «post-vérité», etc.

Les mensonges ont toujours existé. Mais l’échelle des mensonges est aujourd’hui amplifiée par l’omniprésence des réseaux sociaux, qui les propagent immédiatement et dans le monde entier. Si bien que nous sommes plus que jamais exposés à un tsunami de mensonges. Que faire devant ce phénomène? Les seuls antidotes sont et restent bel et bien une diffusion correcte de l’information et un bon enseignement.

Et la vérité? Dans notre tradition d’Europe occidentale, nous avons déconstruit la vérité. Nietzsche nous a appris que la vérité n’existe pas, qu’il n’existe que des interprétations, et que ces interprétations sont autant de prises de pouvoir. Nous regardons les choses, partout et toujours, à partir de notre propre perspective. Permettre plusieurs perspectives est donc déjà beaucoup. Tout comme admettre des voix différentes dans le débat sur la vérité. Prenez alors la vérité historique, demandez-vous wie es eigentlich gewesen ist, comment les choses se sont réellement passées,

L’objectivité, ici, n’existe pas. Nous regardons le passé sous l’angle de préoccupations du présent, souvent à l’aune de ce présent. Tandis que ce passé est un pays étranger, où les gens «font les choses autrement», pour reprendre le début d’un roman anglais des années 1950. Relisez la phrase de Spinoza. Efforçons-nous, dans nos rapports avec le passé (et le présent), d’en décrire et approfondir la réalité de façon aussi véridique et intègre que possible. Ce serait déjà un acquis appréciable.

La philosophe flamande Alicja Gescinska, qui a rédigé l’essai pour le mois de la philosophie, y tient d’ailleurs un beau discours dans lequel elle plaide pour la véracité plutôt que pour la vérité. La véracité par rapport à soi est synonyme d’authenticité. Par rapport à autrui, cette même honnêteté intellectuelle est gage de loyauté. Si nous ne pouvons vivre la vérité, tentons de vivre vrais. Y compris ce mois-ci.

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