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Un livre de 1947 qui nous éclaire sur la pandémie actuelle : «La Peste»
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Un livre de 1947 qui nous éclaire sur la pandémie actuelle : «La Peste»

Bien que publié en 1947, le roman «La Peste» d'Albert Camus nous éclaire sur la pandémie actuelle. Cet éclairage de biais ne manque pas d’intérêt.

“Ce fléau que l’on croyait définitivement vaincu avait bel et bien gagné le pays. L’être humain se révéla dans ce qu’il avait de meilleur et de pire. On ferma les écoles et les frontières. On prit ses distances les uns par rapport aux autres, on se résolut à abandonner les malades à leur sort. La perspective du faisable s’étiola. La certitude du controle absolu s’effondra. La vie, avec ce qu’elle pouvait avoir de tragique, reprenait. Mais la capacité mentale de résilience n’y était manifestement plus.

En fait, elle avait disparu au temps de la prospérité, du progrès, du luxe, du prévisible. Des prophètes proclamèrent que le monde, après le fléau, serait différent. Le monde se taisait.»

Ai-je dit là quelque chose de sensé au sujet du mal qui nous a tous frappés? Nous sommes inondés d’avis et de pronostics. Les esprits s’échauffent pour désigner les responsables des dysfonctionnements, évoquer des commissions d’enquête, brandir la menace de sanctions. Beaucoup ratent l’occasion de se taire.

Relisez La Peste de Camus. Le livre est daté - en ce sens qu’il porte sur le monde d’avant 1947 (les années 1930) dans une ville, Oran en Algérie, qui a été coupée du monde extérieur à un moment donné - mais, de ce fait même, nous éclaire en quelque sorte de biais sur la pandémie actuelle. Cet éclairage de biais ne manque pas d’intérêt.

Deux exemples:
«Nos concitoyens n’étaient pas plus coupables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout, et ils pensaient que tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. Ils continuaient de faire des affaires, ils préparaient des voyages et ils avaient des opinions. Comment auraient-ils pensé à la peste qui supprime l’avenir, les déplacements et les discussions? Ils se croyaient libres, et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux.» (Albert Camus, La Peste).

«Les télégrammes restèrent alors notre seule ressource. Des êtres que liaient l’intelligence, le coeur et la chair, en furent réduits à chercher les signes de cette communion ancienne dans les majuscules d’une dépêche de dix mots. Et comme, en fait, les formules qu’on peut utiliser dans un télégramme sont vite épuisées, de longues vies communes ou des passions douloureuses se résumèrent rapidement dans un échange périodique de formules toutes faites comme: “Vais bien. Pense à toi. Tendresse.» (Albert Camus, La Peste).

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